Ça a commencé par des larmes au Vélodrome. Puis par des tags dans les rues. Et maintenant, le syndicat des entraîneurs s'en mêle. En l'espace d'une semaine, la situation autour de Corinne Diacre et des Marseillaises est passée de la polémique sportive à la crise ouverte.
De Khezami à Belsunce, l'escalade
Rappel des faits pour ceux qui auraient décroché. Le 28 mars, soirée historique au Vélodrome : 35 713 spectateurs pour un match de D1 féminine. Record pulvérisé, ambiance de grande soirée européenne. Sauf que Roselène Khezami, ancienne capitaine, n'était pas sur la feuille de match. Pas blessée, pas suspendue. Choix de l'entraîneuse. La joueuse a craqué après le coup de sifflet final, les yeux rougis, les mots durs, et les réseaux sociaux ont fait le reste.
Quelques jours plus tard, des tags sont apparus dans le quartier de Belsunce. "Corinne dehors ! Ici on respecte nos leaders", "Ici c'est Marseille. Diacre hors-jeu." Le genre de messages qui montrent que le débat a quitté le terrain et les réseaux pour s'installer dans la ville. Marseille digère mal le traitement infligé à l'une de ses joueuses emblématiques.
L'Unecatef entre dans la danse
Face à la montée de tension, le syndicat des entraîneurs (Unecatef) a publié un communiqué de soutien à Corinne Diacre. Le message est clair : un entraîneur a le droit de faire ses choix, et la contestation publique (surtout quand elle finit sur les murs) dépasse les bornes. Sur le fond, difficile de leur donner tort. La liberté de composition, c'est la base du métier. On ne peint pas des tags pour une rotation d'effectif.
Mais le fond du problème, c'est que personne ne conteste le droit de Diacre à choisir son onze. Ce qui pose question, c'est le timing, la manière. Écarter Khezami pour le match le plus important de l'histoire des féminines marseillaises, sans explication publique, alors que la joueuse a tout donné pour construire ce projet... C'est un choix sportif qui devient un problème humain.
Un vestiaire qui tangue
D'après plusieurs sources proches du groupe, les choix tactiques de Diacre ne font plus l'unanimité en interne. Certaines joueuses remettent en question la logique des sélections. L'entraîneuse, elle, se justifie par l'équilibre tactique. L'argument se tient sur le papier, mais quand le vestiaire ne suit plus, les meilleures raisons du monde ne pèsent pas lourd.
Le paradoxe, c'est que les Marseillaises vivent la saison la plus médiatisée de leur histoire. Le record du Vélodrome a prouvé que Marseille est une terre de foot féminin. Le potentiel est colossal. Mais ce potentiel a besoin de cohésion pour se transformer en résultats, et là, on en est loin.
Diacre a le soutien de son syndicat. Elle a la légitimité de ses choix. Mais à Marseille, on sait depuis toujours que la légitimité seule ne suffit pas. Il faut les tripes, le groupe, le lien. Sans ça, même les plus belles soirées finissent en larmes.