Deux semaines que les journalistes de La Provence lèvent la main en conférence de presse sans que personne ne leur donne la parole. Deux semaines que le premier quotidien de la ville est traité comme un supporter qui aurait oublié son abonnement. L'UJSF, le syndicat des journalistes de sport, vient de monter au créneau. Et pas pour rigoler.
Dans un communiqué relayé par La Provence elle-même (il faut apprécier l'ironie), l'Union des Journalistes de Sport de France, présidée par Vincent Duluc, dénonce "avec fermeté" l'attitude du club. Le reproche est limpide : l'OM conditionne l'accès à l'information au degré de complaisance des médias. Tu nous caresses dans le sens du poil, tu poses tes questions. Tu nous chatouilles là où ça gratte, tu te tais.
L'UJSF ne se contente pas de mots. Le syndicat brandit un précédent judiciaire : en 2023-2024, le tribunal de Bayonne avait condamné le Biarritz Olympique à 5 000 euros pour un boycott similaire. Pas une fortune, mais un signal. Un club de rugby basque avait ouvert la brèche, l'OM pourrait suivre le même chemin si la situation ne se débloque pas.
Le club avait publié un communiqué en janvier, après les critiques de Roberto De Zerbi envers la presse, affirmant ne pratiquer "ni boycott ni censure" mais effectuer des "choix stratégiques". L'UJSF avait répliqué que cette "conception de l'information" était "peu supportable". Depuis, la tension n'est pas retombée. Elle a même grimpé d'un cran avec cette menace de poursuites.
On peut comprendre l'agacement du club. La Provence n'a pas toujours été tendre avec la direction, et les fuites en provenance de la Commanderie ont parfois mis les dirigeants dans l'embarras. Mais un club de foot n'est pas une entreprise privée comme les autres. L'OM appartient à une ville, à une histoire, à des gens qui achètent leur journal le matin pour savoir ce qui se passe chez eux. Couper le micro au quotidien local, c'est couper un lien.
Bel-Abbes Bouaissi, journaliste à La Provence, serait directement concerné par cette mise à l'écart. L'UJSF, forte de ses 3 000 adhérents, promet de ne pas lâcher l'affaire. La balle est dans le camp de l'OM. Et 5 000 euros d'amende, pour un club qui dépense des millions en mercato, c'est rien. Mais la honte d'être condamné pour censure, ça, ça laisse des traces.