On pensait avoir tout vu avec les feuilletons mercato. Mais la vraie telenovela de la Ligue 1, cette saison, elle se joue dans les couloirs de la LFP. D'un côté Joseph Oughourlian, président du RC Lens, financier de haut vol et contestataire en chef. De l'autre Nasser al-Khelaïfi, patron du PSG, de beIN Media Group et, selon ses détracteurs, de tout le reste.
D'après L'Équipe, les deux hommes ne s'adressent même plus la parole. Et ça dure depuis l'été 2024.
Le jour où tout a basculé
Tout remonte à l'appel d'offres raté pour les droits TV 2024-2029. Deux camps se forment : ceux qui veulent une chaîne unique de la LFP avec la plateforme Max (Discovery), tarif autour de 20 euros par mois, et ceux qui préfèrent le duo DAZN-beIN Sports à 50 euros. Oughourlian, comme l'OL à l'époque, défend la première option. Al-Khelaïfi, dont beIN est directement concernée, pousse la seconde.
Le 14 juillet 2024, lors d'un collège de Ligue 1, le ton monte sérieusement. "Tu ne comprends rien aux médias", lâche Al-Khelaïfi au Lensois. Réponse d'Oughourlian : "Il faut que tu comprennes un concept qui visiblement vous échappe chez beIN ou au PSG, qui s'appelle le conflit d'intérêts."
On a connu des Quatorze Juillet plus festifs.
L'histoire a donné raison au Lensois
DAZN a fini par plier bagage, et c'est bien une plateforme LFP qui diffuse aujourd'hui huit matchs sur neuf. Le modèle défendu par Oughourlian s'est imposé, en substance. Mais ça n'a pas calmé les tensions, bien au contraire.
Depuis, le président lensois se pose en principal opposant au pouvoir en place. Il martèle qu'Al-Khelaïfi, proche de Vincent Labrune, est "le vrai patron du football professionnel français". Au conseil d'administration de la LFP du 31 juillet 2024, il avait déjà demandé que les garanties financières exigées de beIN Sports soient alignées sur celles de DAZN. Un affront de plus pour le Qatarien.
Le report de Lens-PSG, dernier épisode en date
Dernier acte de cette guéguerre : la demande de report de Lens-PSG par le club parisien, examinée jeudi en conseil d'administration de la LFP. Oughourlian n'y siège plus, mais il n'a pas sa langue dans sa poche. Sur LinkedIn mardi, il a écrit : "Puissent les échanges être animés lors du prochain CA. Cela signifierait que, quand il s'agit d'équité, les idées peuvent se confronter. Je me fais peu d'illusions."
Détail piquant : pour prévenir Lens de leur demande de report, les Parisiens ont appelé samedi matin. Sauf que c'est la direction générale du PSG qui s'en est chargée, pas Al-Khelaïfi lui-même. Ça en dit long.
Tout ça nous concerne aussi à Marseille. Parce que la gouvernance de la LFP, les droits TV, l'influence du PSG sur le calendrier, ce sont des sujets qui touchent tous les clubs. Et parce que si Lens reste en tête, on ne va pas s'en plaindre. Un champion qui n'est pas Paris, ça fait toujours du bien au football français.